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Canada : la saga
constitutionnelle
Journaliste : Stéphane Bordeleau Intégrateur : Luc
Lavigne
En
1981, l'histoire politique canadienne a connu un des moments les
plus importants de son histoire : la Chambre des communes et le
Sénat ont adopté une déclaration commune demandant à la reine
Elizabeth II le rapatriement de la Constitution du Canada. Ce geste aussi symbolique
que politique permettait au Canada d'accéder à sa pleine
indépendance de la monarchie anglaise au terme d'une saga politique
et juridique de 115 ans, dont les échos résonnent plus que
jamais sur la scène politique aujourd'hui. La « question
constitutionnelle », qui n'a jamais été tout à fait résolue,
est devenue au fil des ans une arène où s'affrontent, en un
perpétuel bras de fer, les forces de la diversité et de l'unité
autour desquelles gravite la société canadienne. Voyons
pourquoi...
Qu'est-ce qu'une constitution?
Par définition,
une constitution est le fondement politique et juridique d’une
nation. Elle fixe les principes et les buts communs auxquels aspire
une société. C’est en quelque sorte les règles qui établissent et
régissent les rapports entre une nation et ses gouvernants. La
constitution désigne aussi les principales institutions politiques
et juridiques d’un pays (Chambre des communes, Sénat, Cour suprême,
législatures provinciales, etc.) ainsi que leur fonctionnement. Elle
établit aussi les processus d’adoption et d’application des lois, le
partage des pouvoirs entre les niveaux de gouvernement (fédéral,
provincial), ainsi que la responsabilité des tribunaux et des
institutions politiques envers les citoyens. À cela s’ajoutent
toutes les lois à caractère constitutionnel qui contribuent à
l’évolution de l'ensemble de la nation, comme la Loi sur les langues
officielles.

Les grands épisodes constitutionnels
Avant 1982
(année du rapatriement officiel de la Constitution canadienne), les
principes constitutionnels du Canada étaient contenus dans l’Acte de
l'Amérique du Nord britannique (AANB), adopté par le Parlement
de Londres en 1867, pour fonder un seul ensemble à partir de ses
colonies britanniques d’Amérique du Nord. Bien qu’élaboré par les Pères de la Confédération canadienne, ce texte
constitutionnel ne permettait pas aux Canadiens de modifier son
contenu. Seul le Parlement britannique en avait le pouvoir, car les
Pères n’arrivaient pas à s’entendre sur une formule de modification
de l’Acte de 1867. On comprend ici que plus les années passaient et
plus le besoin se faisait sentir pour les Canadiens de prendre en
main leur destinée en tant que nation et ne plus devoir passer par
Londres pour modifier et administrer leur propre cadre législatif et
politique.
L’histoire de la
Constitution canadienne débute en 1864, à Charlottetown, à l’Île-du-Prince-Édouard.
Des délégués de cette région, du Nouveau-Brunswick, de la
Nouvelle-Écosse et du Canada-Uni (Québec et Ontario) proposent, à
l'initiative de Sir John A. Macdonald, d’unir les colonies
britanniques d’Amérique du Nord en une fédération, c'est-à-dire de
les regrouper en plaçant à leur tête un gouvernement central chargé
d'administrer les affaires communes comme les frontières, la
défense, les voies de communication, la monnaie, etc.

Une seconde
rencontre a lieu peu après à Terre-Neuve : 72 résolutions, qui
composent l'Acte de l'Amérique du Nord britannique, sont adoptées
par les délégués. En 1866, des délégués de la province du Canada, de
la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick se rendent à Londres pour
y rédiger le texte officiel de l'Acte de l'Amérique du Nord
britannique, qui instaurera la Confédération canadienne.
L'Acte de l'Amérique du Nord britannique
En 1867, le
Parlement britannique accède à la demande de ses colonies d’Amérique
et adopte l’Acte de l’Amérique du Nord britannique (AANB). Les bases
du Canada actuel sont jetées. Cet acte unit en une fédération les
colonies du Canada-Uni (Québec et Ontario), le Nouveau-Brunswick et
la Nouvelle-Écosse. L’AANB dote du même coup le
« dominion » d’un gouvernement fédéral et les colonies de
législatures provinciales distinctes (partage
des compétences et des pouvoirs). Les Pères de la Confédération
avaient d'abord choisi le nom de « royaume du Canada »
mais des réticences de Londres ont fait qu'ils ont plutôt opté pour
le terme normand « dominion », qu'on trouve dans le
Psaume 72 de la Bible : « Il dominera de la mer, du
fleuve jusqu'aux bouts de la terre ».
Toutefois,
Londres conserve le droit exclusif de modifier les termes de l’Acte.
Les provinces, quant à elles, obtiennent le droit de modifier leur
propre cadre constitutionnel à l’exception des charges du
lieutenant-gouverneur. Il s’agit là de la quatrième constitution
pour les colonies d’Amérique du Nord après l’Acte de Québec (1774),
l’Acte constitutionnel (1791) et l’Acte d’Union (1840).

Pourquoi s'unir ainsi?
À vrai dire, les
colonies s’unissent pour se prémunir de l'influence néfaste qu'elles
ont les unes sur les autres. En effet, la colonie francophone
catholique du Bas-Canada (Québec) trouve dans ce système fédératif
une protection contre la majorité anglophone protestante qui menaçe
alors sa culture, sa langue, son système de droit civil, sa religion
et son système d'éducation. Cette protection vient du fait que le
système fédératif accorde aux colonies participantes une législature
(parlement) et la reconnaissance de leurs différences.
Ce furent les
mêmes raisons qui poussèrent les anglophones protestants du
Haut-Canada (Ontario) à adhérer à la fédération, car ils craignent,
à l'inverse du Bas-Canada, une domination francophone de leurs
institutions politiques et sociales. Quant aux colonies atlantiques,
elles redoutent d'être absorbées par la province du Canada (Québec
et Ontario), dans laquelle elles ne se reconnaissent pas. Par
ailleurs, pour Londres et les autorités coloniales de l'époque,
cette union constitue une protection efficace contre l'attraction
économique des États-Unis et les visées expansionnistes des
Américains sur le Canada.

Dans les années
qui suivirent la création de la Confédération canadienne, plusieurs autres
colonies vinrent grossir les rangs du Canada. En 1870, le Parlement
canadien crée la province du Manitoba. En 1871, la
Colombie-Britannique se joint au Canada avec la promesse d'être
reliée rapidement par un chemin de fer au reste du pays. Deux ans
plus tard, en 1873, c'est au tour de l'Île-du-Prince-Édouard de
s'unir au Canada, puis, en 1875, le Parlement adopte la Loi sur les
Territoires du Nord-Ouest. En 1880, le Canada obtient de Londres la
propriété de l'Arctique. Le Yukon devient territoire autonome en
1898, tandis que les provinces de la Saskatchewan et de l'Alberta
sont créées par le Parlement canadien en 1905. Terre-Neuve
complétera le tableau en 1949.
La déclaration de
Balfour
Dans les années
qui précèdent la Première Guerre mondiale, le Canada s'affirme de
plus en plus en tant que nation et prend sa place sur la scène
internationale en se dotant d'un ministère des Affaires extérieures,
en refusant de participer à des guerres coloniales dans lesquelles
est engagé l'Empire britannique et, surtout, en devenant membre, en
1919, de la Société des Nations et de l'Organisation internationale
du travail.

En 1926, les
membres de la Conférence de l'Empire adoptent la déclaration de
Balfour, qui consacre l'autonomie des dominions britanniques
(Canada, Terre-Neuve, Australie, Afrique du Sud, Irlande et
Nouvelle-Zélande ) et qui abolit du même coup toute subordination de
ces derniers à la Grande-Bretagne.

Forts de cette
reconnaissance, les parlementaires canadiens résolurent en 1927, à
l’instigation du ministre de la Justice du Canada, Ernest Lapointe,
de rapatrier la Constitution pour pouvoir la modifier sans le
consentement de Londres. Commence alors une longue querelle
politique et juridique qui durera 55 ans avant que les
gouvernements fédéral et provinciaux (sauf le Québec) s'entendent
enfin sur une procédure acceptable de rapatriement et d’amendement
de la Constitution.
Les Statuts de
Westminster
Le
11 décembre 1931, l'autonomie des dominions est officiellement
consacrée par les Statuts de Westminster. Ce qui signifie que
Londres rend à ses dominions les pouvoirs relatifs à leur
constitution et à la modification des lois britanniques qui les
régissaient auparavant. Mais au Canada, après l'échec d'une deuxième
conférence fédérale-provinciale sur l'élaboration d'une formule
d'amendement, le gouvernement du Canada demande à ce que sa
constitution fasse exception à ce statut et que Londres conserve le
pouvoir de la modifier en attendant un accord. En 1935, une
troisième conférence échoue. Les représentants des provinces et du
fédéral sont toujours incapables de s'entendre. Ils le seront pour
très longtemps encore.

En 1949, le
Parlement du Canada procède à un rapatriement partiel de l’Acte de
l’Amérique du Nord britannique qui permet de modifier la
Constitution canadienne en ce qui a trait aux questions internes,
mais qui laisse à Londres son droit de regard sur les modifications
fondamentales. De plus, la
Cour suprême du Canada devient le plus haut tribunal du pays et
est déclarée apte à trancher les contentieux constitutionnels au
Canada en lieu et place du Comité judiciaire du Conseil
privé.

D'échec en échec
De 1960 à 1978,
le Canada connaît une série de rencontres constitutionnelles et de
tentatives de toutes sortes pour en arriver à une procédure de
rapatriement et à une formule d'amendement. Toutes seront des
échecs. Il y aura, en 1961, la formule Fulton-Favreau, puis, en
1968, une révision complète de la Constitution qui mènera à la
« Formule de Victoria ». Cette proposition d’amendement
complexe requiert le consentement de toute province comptant ou
ayant compté au moins 25 % de la population canadienne en plus
du consentement d’au moins deux provinces de l’Atlantique et d’au
moins deux provinces de l’Ouest représentant ensemble au moins
50 % de la population de l’Ouest. La proposition comprenait
aussi l’inclusion des droits linguistiques et de garanties
inhérentes à la Cour suprême dans la Constitution.

En 1971, les
premiers ministres provinciaux et fédéral regroupent ces
propositions dans un projet de charte constitutionnelle (Charte de
Victoria) qu’ils soumettent à l’approbation de toutes les
législatures provinciales. Au Québec, la Charte de Victoria
rencontre une vive opposition et le premier ministre de l’époque,
Robert Bourassa, refuse de recommander aux Québécois cette charte
qu’il juge désavantageuse pour le Québec. En 1976, le premier
ministre du Canada, Pierre Elliott Trudeau, dénonce cette attitude
et menace de procéder unilatéralement au rapatriement de la
Constitution canadienne. La même année, le Parti Québécois prend le
pouvoir au Québec.
En 1979, la
Commission Pépin-Robarts dépose son rapport de
75 recommandations pour sortir le pays de l’impasse
constitutionnelle. La commission propose un « fédéralisme
asymétrique » qui accorde plus de pouvoirs aux provinces, sur
les droits linguistiques notamment. Mais Ottawa rejette cette option
et relègue le rapport Pépin-Robarts aux oubliettes.

La question québécoise
En 1980, le
Parti québécois, exaspéré par l’impasse constitutionnelle et les
fins de non-recevoir à ses demandes de reconaissance culturelle et
politique, propose aux Québécois d’opter pour l’indépendance du
Québec. Ce projet de sécession systématique, assorti d’une
souveraineté-association, est soumis à la population québécoise lors
d’un référendum particulièrement déchirant.

La veille du
référendum, le premier ministre du Canada, Pierre Elliott Trudeau,
s’engage envers les Québécois, dans un vibrant discours, à
renouveler le fédéralisme en profondeur s’ils demeurent au sein du
Canada.

Son appel semble
entendu et les Québécois rejettent l’option souverainiste dans une
proportion de 59,1 %. Le premier ministre du Québec, René
Lévesque, attristé par cette défaite amère, lance cette phrase
désormais célèbre aux milliers de souverainistes venus l'entendre au
centre Paul-Sauvé : « Si j'ai bien compris, vous êtes en train
de me dire : À la prochaine fois...»

Le rapatriement de la Constitution
En 1980, devant
l’impasse constitutionnelle qui persiste, le premier ministre Pierre
Elliott Trudeau dépose à la Chambre des communes une résolution
portant sur une adresse commune (Sénat et Chambre des communes) à la
reine Elizabeth II en vue d’un rapatriement unilatéral de la
Constitution canadienne, à laquelle sera ajoutée une Charte des
droits et libertés.

En avril 1981,
les provinces, à l'exception de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick,
signent un accord entre elles sur une procédure de rapatriement et
une formule d’amendement (Formule de Vancouver) pour contrebalancer
l’intention du fédéral d’agir seul dans le processus de rapatriement
de la Constitution. Le 28 avril, la Cour suprême du Canada est
saisie par le Manitoba, le Québec et Terre-Neuve, qui contestent le
rapatriement unilatéral de la Constitution par Ottawa. En septembre
de la même année, sept juges de la Cour suprême contre deux
maintiennent la légalité de la démarche unilatérale d’Ottawa dans un
jugement nuancé.

La conférence de la dernière chance
Avant de
procéder unilatéralement au rapatriement de la Constitution, Ottawa
organise une conférence constitutionnelle dite « de la dernière
chance » pour tenter, une dernière fois, d’obtenir l’appui
d’une majorité de provinces à son projet de rapatriement. Dans la
nuit du 4 au 5 novembre, neuf provinces s’entendent en
l’absence de la délégation du Québec sur une proposition
constitutionnelle et une formule d'amendement. Le front commun des
huit provinces opposées à Ottawa vole en éclat.

René Lévesque
n’apprendra que le lendemain matin la signature de cette entente,
intervenue en son absence. Du coup, le Québec se retrouve isolé et
les relations s’enflamment littéralement entre Québec et Ottawa.
L’entente conclue pendant ce que certains appellent la « nuit
des longs couteaux » reprend les grandes lignes de la Formule
de Vancouver, mais retire aux provinces le droit à une compensation
financière en cas de retrait d’un amendement
constitutionnel.

Proclamation de la Loi constitutionnelle du
Canada
Le 17 avril
1982, la Loi constitutionnelle canadienne (rejetée par le Québec)
est proclamée par la reine Elizabeth II à Ottawa lors d’une
cérémonie officielle. La Constitution canadienne comprendra, en plus
de l’Acte de 1867, une Charte des
droits et libertés et une formule d’amendement.

Cette dernière
prévoit que, pour l’ensemble des modifications constitutionnelles,
il faudra recueillir l’approbation des deux tiers des provinces dont
l’ensemble des citoyens doivent représenter au moins 50 % de la
population canadienne. L’unanimité de toutes les provinces sera
toutefois requise pour les amendements ayant trait à la députation
de la Chambre des communes, aux langues officielles, à la Cour
suprême et à la formule d’amendement de la Constitution.
L’Accord du lac Meech
Après l’arrivée
des conservateurs à Ottawa en 1984, le premier ministre Brian
Mulroney promet, lors d'un discours historique prononcé à Sept-Îles,
de trouver un accord qui amènera le Québec à adhérer à la Loi
constitutionnelle de 1982 dans « l'enthousiasme et la
dignité ». Bien disposé envers les conservateurs, le Québec
pose cinq conditions à son adhésion à la Loi constitutionnelle, dont
la reconnaissance d’un statut distinct pour la province au sein de
la Confédération.

Le 30 avril
1987, les premiers ministres provinciaux et fédéral acceptent ces
conditions. La même année, la formulation de l’Accord du lac Meech pour les grandes lignes de
l’Accord du lac Meech est adoptée à Ottawa,
après de longues heures de débat. L’accord devra toutefois être
ratifié (accepté à la majorité des voix) par toutes les législatures
provinciales ainsi que par la Chambre des communes dans un délai de
trois ans.
Les conditions
posées par le Québec à son adhésion à la Loi constitutionnelle de
1982 sont :
1. La
reconnaissance du Québec à titre de société
distincte; 2. La garantie d'un rôle accru pour le Québec en matière
d'immigration; 3. La participation à la nomination des juges de la Cour
suprême du Canada; 4. La limitation du
pouvoir de dépenser du gouvernement fédéral; 5. La reconnaissance d'un
droit de veto au Québec sur les modifications de la
Constitution.

Au cours de ces
trois années, l’appui des provinces anglophones à l’Accord du lac
Meech s’effrite à vue d’œil. Le Manitoba s’oppose le premier à
l’accord après que le gouvernement du Québec eut fait appel à la
« clause nonobstant » pour maintenir la Loi 178 sur
l'affichage. Vient ensuite Terre-Neuve; le premier ministre libéral,
Clyde Wells, s'oppose à Meech dans les mêmes termes. Ces derniers
refusent de tenir le vote libre prévu dans leur législature
respective sur l’accord.
 
En mai 1990, des
députés fédéraux québécois, Lucien Bouchard en tête, claquent la
porte du Parti conservateur. Ils fonderont plus tard le Bloc
Québécois. Le 22 juin 1990, le délai de trois ans expire.
L’Accord du lac Meech est définitivement mort. Robert Bourassa
annonce qu’il ne négociera plus à onze et qu’il attendra désormais
une offre valable du gouvernement fédéral avant de rouvrir le
dossier constitutionnel.
La Commission Bélanger-Campeau
Le 4 septembre
1990, le Québec met sur pied la Commission Bélanger-Campeau sur
l’avenir constitutionnel de la province. Trente-six membres siègent
pendant cinq mois en audiences publiques sur la question. Ils
recevront plus de 600 mémoires, dont la grande majorité prônent
la souveraineté (sécession) pure et simple du Québec. Le
23 janvier 1991, la commission remet son rapport.

Devant
l’incompréhension constatée des aspirations du Québec par le reste
du pays, la commission recommande à l’Assemblée nationale du Québec
d’adopter une loi sur l’avenir politique et constitutionnel du
Québec qui prévoit la tenue d’un référendum sur la souveraineté en
juin ou en octobre 1992. Deux commissions parlementaires sont aussi
proposées advenant un OUI à ce référendum, l’une pour étudier les
modalités d’accession à la souverainté du Québec et l’autre pour
étudier toute offre de partenariat venant du Canada.
Le rapport Allaire
Après l’échec de
Meech, perçu comme un message clair du reste du Canada par les
Québécois, les pulsions nationalistes se réveillent comme jamais au
Québec. Même le Parti libéral du Québec (historiquement fédéraliste)
adopte en mars 1991 le rapport Allaire, une véritable charge contre
le système fédéral canadien. Ce rapport propose une vaste
décentralisation des pouvoirs où les provinces auraient le contrôle
exclusif de 22 champs de compétence.

À l'exception de
neuf domaines à compétence partagée, le fédéral ne garderait le
contrôle exclusif que dans cinq domaines : la défense, les
douanes, la monnaie, la péréquation et la gestion de la dette
commune. À cela s’ajoutent l’abolition du Sénat canadien et une
formule d’amendement de la Constitution qui nécessiterait l’accord
de 50 % de la population canadienne et obligatoirement celle du
Québec.
La proposition historique de Charlottetown
En mars 1992,
l'ancien premier ministre Joe Clark, mandaté par Brian Mulroney pour
relancer les négociations constitutionnelles, convoque une nouvelle
ronde de négociations multilatérales entre le fédéral, les neufs
provinces anglophones, les deux territoires et quatre représentants
autochtones. Ils en viennent à une proposition, le 7 juillet
1992, qui doit donner au Québec la substance de Meech, un Sénat
représentatif pour les provinces de l’Ouest et un droit à
l’auto-détermination pour les autochtones.

Les Québécois
demeurent prudents face à cette entente qualifiée d’historique. Le
gouvernement fédéral annonce, en août 1992, la tenue d’un référendum
national sur la ratification de cet accord constitutionnel. Le
26 octobre, l’accord est rejeté dans six provinces, dont le
Québec avec une majorité de 56 %.

Deuxième référendum sur la souveraineté au
Québec
Pendant ce
temps, l’option souverainiste, alimentée par les échecs
constitutionnels des dernières années, fait son chemin dans
l’opinion publique québécoise. En 1994, le Parti québécois est porté
au pouvoir. Le premier ministre Jacques Parizeau dépose aussitôt un
avant-projet de loi sur la souveraineté du Québec. En juin 1995, les
forces souverainistes s’organisent. Elles seront composées du Parti
Québécois, du Bloc Québécois et de l’Action démocratique du Québec.
Ce deuxième référendum propose aux Québécois un Québec souverain
assorti d’un partenariat économique et politique négocié avec le
reste du Canada.
 
Le 30 octobre
1995, l’option souverainiste échoue de justesse en remportant
49,4 % des voix contre 50,6 % pour le camp du NON. Le taux
de participation au référendum a dépassé 93 %. Au lendemain de
cette défaite, Jacques Parizeau démissionne de son poste de premier
ministre du Québec. Le chef du Bloc Québécois, Lucien Bouchard, lui
succédera à la tête du Parti Québécois.
 
Quelques jours
après le référendum, le premier ministre du Canada, Jean Chrétien,
annonce que si le OUI l’avait remporté avec une majorité qu’il
aurait jugée trop faible, il aurait volontairement bloqué le
processus de sécession du Québec. Lucien Bouchard réplique en
annonçant qu’il tiendra un troisième référendum sur la souveraineté
lorsque « les conditions gagnantes » seront réunies et que
si les Québécois doivent accepter un NON à 50,6 %, le fédéral
devra faire de même avec un OUI dans les mêmes proportions.

La Déclaration de Calgary
Devant un
résultat aussi serré au dernier référendum sur la souveraineté au
Québec, les neufs premiers ministres des provinces anglophones
décident d’agir avant que les Québécois ne quittent le Canada pour
de bon. Ils se réunissent donc à Calgary, en 1997, et rouvrent le
dossier constitutionnel dans le but de trouver une proposition qui
ramènera le Québec au sein de la Constitution canadienne. Le premier
ministre du Québec, Lucien Bouchard, refuse de s’y présenter. En
septembre 1997, les neuf premiers ministres des provinces soumettent
à l’approbation des provinces et du fédéral la Déclaration de
Calgary, qui reconnaît le « caractère unique » du
Québec au sein de la Confédération canadienne tout en consacrant
l’égalité des provinces entre elles.

Mais au Québec,
l’accord est rejeté par le gouvernement du Parti Québécois, qui ne
voit dans cette proposition que des mots et rien de concret en ce
qui a trait au pouvoir ni à la reconnaissance de la culture et de la
société québécoises. Tous les parlements provinciaux adopteront
cette déclaration, sauf celui du Québec. Le problème québécois reste
entier.
Le 20 août
1998, la Cour suprême du Canada se prononce sur le droit du Québec à
proclamer unilatéralement son indépendance. Le plus haut tribunal du
pays statue que le Québec ne peut décider unilatéralement de se
séparer en vertu de la Constitution et du droit international.
Toutefois, la Cour suprême ajoute que le fédéral aurait une
obligation constitutionnelle de négocier avec le Québec advenant une
majorité claire à un référendum sur la souveraineté.

Le tribunal
prévoit aussi qu’advenant un échec des négociations, ou de la
mauvaise volonté de la part du fédéral ou du reste du Canada, le
Québec aurait alors le droit de déclarer son indépendance de facto.
Cette sécession dépendrait alors du contrôle effectif, par le
Québec, de son territoire et de la reconnaissance internationale
qu’il recueillerait.

L’union sociale
Au cours des
négociations sur l’union sociale, le Québec est une fois de plus
isolé du reste des provinces en refusant, en février 1999, de signer
l’entente, qu’il qualifie de recul pour le Québec. Cet accord sur
l’union sociale, accepté par neuf provinces, limite le droit du
fédéral de créer unilatéralement de nouveaux programmes dans les
domaines de l’aide sociale, l’éducation, la santé et les services
sociaux sans obtenir le consentement de la majorité des provinces.
Un droit de retrait des programmes fédéraux avec compensation
financière est aussi consenti aux provinces.
Le fédéral
contourne toutefois ces nouvelles dispositions en se réservant le
droit de créer des programmes d’aide directe aux citoyens, comme les
bourses du millénaire. Quant au Québec, il veut sortir complètement
le gouvernement fédéral de ces compétences propres aux provinces et
exige qu'Ottawa confie plutôt aux provinces l'argent qu'il dépense
dans les champs de compétences provinciaux.

Un nouveau territoire
Le
1er avril 1999, le gouvernement canadien inaugure
officiellement un nouveau territoire, le Nunavut. Situé dans la partie nord du pays, à
l’est des Territoires du Nord-Ouest, le Nunavut est doté d’un
parlement, de députés et d’institutions qui lui permettront de se
gouverner au même titre que les Territoires du Nord-Ouest et le
Yukon. Environ 20 000 personnes peuplent cet immense
territoire.


Hyperliens
Dossiers des
archives : Charlottetown : un nouveau projet
constitutionnel L'imbroglio fédéral-provincial commence
Lois constitutionnelles
canadiennes Pères de la Confédération Confédération canadienne Gouvernement du
Canada Cour suprême du Canada Au
sujet du Canada... Charte
canadienne des droits et libertés Parti libéral du Canada Alliance canadienne Bloc
Québécois Parti progressiste-conservateur du Canada Nouveau Parti démocratique
du Canada Parti
Québécois Parti
libéral du Québec Nunavut
Références
BERNARD, André.
La Politique au Canada et au Québec, Sillery, Presses de
l’Université du Québec, 1992.
BOURASSA,
Danièle. La Saga constitutionnelle de l'AANB - 1867 à
Beaudoin-Dobbie -1992, Montréal, Société
Radio-Canada.
La
Constitution canadienne 1981-Résolution adoptée par le Parlement du
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A. Les Canadiens et leur système de gouvernement, Ottawa,
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Notes sur la
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WHEATON, Sandra.
Chronologie 1995-1997, Montréal, émission Le Point,
Société Radio-Canada.
Dernière mise à jour : 13 août 1999
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