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REVOIR LE CADRE STRATÉGIQUE

 Robert Laplante
 Directeur de la revue L'Action nationale.
 http://www.action-nationale.qc.ca

«..... Il faut donc concevoir le recours au référendum en lien avec le Québec seul. Il faut prendre acte d'une rupture que consacre le Clarity en même temps qu'il faille, pour soimême, rompre avec ce qui l'a rendu possible.....»

Une démarche souveraine

On peut donc concevoir un cadre stratégique défini en fonction de l'exercice du droit à l'autodétermination dans un contexte où le Québec est à lui-même sa seule référence. Il faut le dire haut et fort : les souverainistes placent les Québécoises et les Québécois au centre de leur monde. C'est dire que l'action d'un gouvernement souverainiste doit viser essentiellement à mettre en place les lois, les institutions et les moyens qui permettront de le faire. C'est en ce sens qu'il mettra à mort la logique provinciale. Ce n'est pas la population de la province de Québec qui sera conviée à dessiner le Québec indépendant mais bien le peuple québécois tel qu'il peut s'exprimer dans les formes qu'il est seul à définir et à contrôler. C'est le Canada qui nous divise mais c'est autour du Québec que nous voulons que nous ferons notre unité.

Sans prétendre épuiser le sujet, il est néanmoins possible de tracer les grandes lignes de ce que pourrait être, schématiquement, le cadre stratégique et la démarche d'accession à l'indépendance.

• L'élection d'un parti souverainiste est un moment inaugural. Le parti souverainiste élu a le mandat de mettre en place l'appareil législatif et administratif pour réaliser la souveraineté.

• Promulgation d'une constitution provisoire. La loi 99 adoptée par l'Assemblée nationale peut constituer le noyau dur de cette constitution provisoire. Son but est de marquer qu'un gouvernement souverainiste n'est pas un gouvernement provincial. La constitution comporterait en conséquence des ajouts substantiels à la loi 99, entre autres :

• Création d'une citoyenneté québécoise définissant l'éligibilité et les conditions de participation au processus constituant qui mettra au monde le Québec indépendant.

• Création d'une cour constitutionnelle québécoise ayant juridiction sur toutes les compétences constitutionnelles définies à l'Acte d'Amérique du Nord britannique de 1867. Le Québec proclame qu'il a l'autorité sur tous les domaines de compétence sauf sur ceux qui sont nommément attribués au gouvernement fédéral. La ratification d'une constitution par voie référendaire viendra remplacer cette constitution provisoire et elle constituera une proclamation d'indépendance.

• Convocation d'une commission spéciale de l'Assemblée nationale chargée d'élaborer la Constitution du Québec indépendant. Cette commission aurait dix huit mois pour élaborer un projet. Le projet peut évidemment contenir les balises dans lesquelles le Gouvernement du Québec entend conduire les discussions avec Ottawa pour ce qui est du partage des biens, de la dette, du calendrier de dévolution etc.

• Création d'un comité d'observateurs internationaux qui pourront témoigner de la transparence et de l'intégrité démocratique de la démarche. Ce comité aura également le mandat de rendre compte de la démarche référendaire de ratification.

• Référendum de ratification de la Constitution. La campagne référendaire portera sur les mérites intrinsèques de ce projet. Dessine-t-il les contours du Québec que nous voulons ?

• S'il est ratifié, le référendum devient exécutoire, le Québec devient indépendant ipso facto.

• Si le projet est rejeté, plusieurs scénarios sont plausibles. Celui qui a le plus grand potentiel : la convocation d'une Assemblée constituante tenue de faire le point et mandatée pour faire une proposition de ralliement qui pourrait consister soit en une série d'amendements à la constitution provisoire, soit en un nouveau projet complet de constitution.

• Le nouveau texte issu de la Constituante serait soumis à ratification lors du scrutin électoral de fin de mandat. Les
partis politiques auraient alors le devoir de faire campagne pour ou contre, de proposer de l'amender, le bonifier
etc.

On le voit, c'est une démarche qui suppose et met en acte le peuple du Québec et son Assemblée nationale comme seule instance de légitimité. On peut aisément imaginer qu'Ottawa ne restera pas indifférent. Mais le combat, dès lors, se fera sur une idée très précise non pas seulement du statut du Québec mais de la forme juridique qu'il entend se donner comme meilleur soutien d'expression et de développement de la nation. Une constitution ratifiée par le peuple à l'occasion d'un référendum, voilà une légitimité puissante qui neutralisera les arguties du Clarity Bill. Voilà également qui balisera le discours des inconditionnels du Canada : ils auront le fardeau de démontrer que cette constitution servira moins bien notre peuple que le Canada unitaire.

Tout le processus évoqué doit pouvoir se tenir dans un seul mandat. Le Québec n'a plus les moyens de se laisser ballotter par le Canada. L'action déstructurante des politiques canadian menace non seulement nos acquis, elle compromet notre capacité de conduire nos propres affaires car elle produit d'ores et déjà des lézardes profondes et inquiétantes dans la cohésion sociale et nationale. L'indépendance n'est pas seulement souhaitable. Elle est nécessaire et chaque jour qui passe la rend plus urgente. C'est une nécessité vitale.

Un programme de mobilisation nationale

L'avenir du Parti Québécois se joue sur sa capacité de renouvellement. Ce n'est pas tant l'argumentaire de la souveraineté qui doit être remis à jour que la façon de se la représenter pour mieux la réaliser. Il faut se débarrasser de l'obsession référendaire et se concentrer sur une action militante centrée non pas seulement sur des abstractions eu égard au statut politique mais bien surtout sur le visage concret du Québec que nous voulons. Pour faire bonne mesure, il faudra certes revenir plusieurs fois et de bien des manières sur les perspectives ici évoquées mais il faudra aussi s'imposer de réfléchir sur le programme de gouverne qui devra accompagner la démarche. On peut certes imaginer une refonte du programme, réviser les engagements etc. la voie la plus porteuse reste sans conteste, celle de la simplicité.

La prochaine élection ne doit pas être une élection provinciale ordinaire. Cette fois-là sera la bonne. Il faut lancer une offensive de tous les diables pour en finir avec le rapetissement provincial. Au train où vont les choses les libéraux de Jean Charest auront laissé le Québec dans un état lamentable de résignation et de consentement à une vie nationale disloquée, totalement à la merci d'un Canada plus hostile que jamais à reconnaître ce que nous sommes et voulons être. Il n'y aura pas de temps à perdre à imaginer des propositions de rafistolage des structures provinciales. Il faudra penser à rénover entièrement la maison Québec.

Un Programme de mobilisation nationale devrait traduire en quelques projets majeurs, l'urgence d'agir enfin dans le sens de nos intérêts nationaux. On pourrait imaginer, par exemple, une brève liste, disons, dix projets pour lancer le Québec sur la voie de son développement national. Il s'agirait de dix grands projets fondateurs, de véritables grands gestes d'arrachement, traduisant notre audace et notre volonté de réunir enfin en un ensemble cohérent les conditions de réalisation du formidable potentiel de notre peuple. Conduits dans autant de domaines névralgiques, ces projets lanceraient la véritable mobilisation qui donnerait forme et incarnation au pays que nous portons en nous depuis quatre siècles. Avant de les définir, il faudra d'abord s'assurer d'accorder nos moyens et nos volontés dans un cadre stratégique approprié. Et choisir de miser sur notre capacité de dépassement.

Le Québec est un fleuve puissant dont toute l'énergie se perd dans le delta marécageux de la rhétorique compensatoire. Il faut renouer avec l'esprit du large. Le Québec est notre pays. Nous le ferons dans la force des vers de Miron, avec le souffle des poèmes de Perrault et avec toute l'audace refoulée dans les siècles de l'hiver. Nous sommes nés pour être libres. Nous ferons le pays. Dans le labeur et l'acharnation. Pour que notre voix porte et que tous les humains de la terre y entendent vibrer les accents du partage et de l'espérance.

 

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